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Tourner la page de la Résidence Saint Marc pour se donner les moyens d’une offre vraiment adaptée aux besoins de nos aînés

Il est des décisions très difficiles à porter dans un mandat d’élu. Parmi les plus douloureuses, fermer un établissement scolaire ou fermer une résidence de personnes âgées en fait partie. Ces équipements sont le symbole du service public municipal : les fermer, c’est donner à craindre de renoncer à rendre un service répondant aux besoins d’habitants.e.s particulièrement vulnérables (les enfants, les personnes âgées).

Sauf que. La plupart du temps, ces décisions ne relèvent pas du renoncement mais de l’adaptation nécessaire dudit service public à une situation qui évolue. Dans la loi, les trois grands principes auxquels sont soumises les missions de services publics sont la mutabilité (capacité d’adaptation aux conditions et aux besoins), l’égalité (dans l’accès au service et dans les tarifs) et la continuité. Si le service public ne s’adapte pas, il perd sa justification même. Le maintenir dans sa forme ancienne alors qu’il n’est plus efficient est le plus sûr moyen de voir se lever le mauvais vent de la critique : mobiliser autant d’argent et de moyens désormais rares pour des services qui ne s’adressent qu’à un nombre trop restreint d’usagers, « c’est de la gabegie, de l’incurie, de l’irresponsabilité, voire du clientélisme ! ». En tout cas, c’est ce que j’entends très souvent dans la bouche de mes concitoyens de plus en plus exigeants sur l’usage des deniers publics, et qui ont l’entreprise comme modèle de référence en ce qui concerne l’efficacité.

La droite brestoise se mobilise en ce moment pour désinformer et cliver sur la question de la fermeture de la Résidence pour Personnes Agées (RPA) de Saint Marc, dont le principe a été récemment annoncé aux résidents. C’est un bâtiment et un service emblématique au cœur du bourg, qui est le support d’une vie de quartier pour les personnes âgées qui habitent à Saint Marc : on comprend aisément l’émotion qui naît d’une telle décision. Cette dernière est fondée sur des éléments objectifs et ne signe en rien l’abandon des résidents actuels ou la fin d’une offre pour l’habitat des personnes âgées sur le quartier.

Voici les éléments factuels qui ont entraîné cette décision de fermeture du Foyer Logement Saint Marc en juin 2018, votée à l’unanimité par le conseil d’administration du CCAS de Brest :

  • Pour les prochains dix-huit mois, les résident-e-s et leurs familles (39 personnes au 6 février 2017) seront accompagné-e-s individuellement dans la recherche d’une nouvelle résidence adaptée à leur besoin.
  • Il est nécessaire d’adapter l’offre résidentielle aux nouveaux besoins des personnes âgées. Les foyers logements sont apparus dans les années 70 comme une réponse adaptée au besoin des personnes de plus de 60 ans qui souhaitaient rompre leur isolement dans un cadre sécurisé. Ils s’adressaient à des personnes dont la moyenne d’âge était bien inférieure à 80 ans. Formule intermédiaire entre le domicile et l’hébergement collectif, ces établissements médico-sociaux non-médicalisés proposaient des logements individuels locatifs regroupés assortis de services collectifs facilitant le quotidien (restauration, blanchisserie, animation, sécurité …). C’est dans ce mouvement que la ville de Brest via le CCAS a investi ce type de structure avec 6 résidences réparties sur la ville. Ces dernières décennies, l’allongement de l’espérance de vie a modifié profondément les besoins des personnes et donc les réponses institutionnelles : la médicalisation des résidences avec la création des EHPAD est devenue nécessaire. Par ailleurs un travail important a été mené pour favoriser le maintien des personnes à domicile avec la mobilisation des acteurs publics et privés. Parallèlement, le secteur privé a investi dans des projets immobiliers de résidences séniors et le secteur associatif a fait émerger des projets d’habitat alternatif, nouvelles formes d’habitat qui ont renforcé le caractère daté et moins adapté aux attentes d’aujourd’hui de l’offre en foyers logements. Dans ce contexte, 4 des 6 foyers logements brestois sont devenus EHPAD entre 2007 et 2009. Par contre, Les résidences Saint Marc et Poul ar Bachet n’ont pu être transformées du fait de leur plus faible capacité d’accueil mais aussi compte tenu de l’importance et de la complexité des travaux d’accessibilité à engager. Depuis, le profil des résidents de Saint marc et Poul ar Bachet a fortement évolué vers une plus grande dépendance avec une moyenne d’âge quasiment identique à celle des EHPAD. Ces structures ne correspondent plus à un besoin de personnes de moins de 80 ans autonomes. Les résidents entrant sont en effet de plus en plus âgés et rapidement, voire dès l’entrée, ils ont besoin d’un accompagnement en soins incompatible avec les résidences autonomie. Aujourd’hui, les résidences ne sont jamais remplies : 15% de vacances en moyenne.
  • Un cadre légal de plus en plus contraignant et une structure inadaptée. L’évolution réglementaire (décrets d’application de la loi d’adaptation de la société au vieillissement) des foyers logements en résidences autonomie qui s’adressent à des personnes moins âgées et plus autonomes donnent à ses gestionnaires l’obligation de proposer des services facultatifs pour les résidents. Le contexte national et local a évolué : ces quinze dernières années se sont développés les EHPAD, les résidences séniors, le logement social adapté à la perte d’autonomie… et la très forte augmentation du maintien à domicile. La résidence autonomie de Saint Marc n’est pas agrée à l’aide sociale et ne pourra pas l’être. Cet établissement ne répond donc plus à sa mission sociale pour tous les publics et notamment pour les publics aux plus faibles ressources. Par ailleurs la taille de l’établissement, qui comporte 41 logements, a pour effet de produire des coûts de structure trop importants et un déficit structurel récurrent. Enfin le bâtiment présente, du fait de sa date de construction (1979) des installations inadaptées en termes d’accessibilité et des problèmes récurrents de foyers de légionnelle sur le réseau d’eau.
  • Un accompagnement des résident-e-s et des personnels. Il est proposé d’accompagner individuellement chaque résident actuel dans la mise en œuvre de solutions adaptées d’hébergement afin d’arriver dans près d’un an et demi, à la date de fin du bail, à la fermeture du bâtiment. Certains résidents, très dépendants, sont d’ores et déjà en recherche d’un établissement plus adapté à leur état de santé. Le CCAS s’engagera toutefois avec l’aide du CLIC et d’une psychologue à accompagner les résidents et les familles qui le souhaiteront à retrouver un logement adapté à leur situation (EHPAD, Foyers logements, résidences services). En ce qui concerne le personnel (13.5 agents à ce jour), 7 situations nécessiteront un accompagnement dans la recherche d’une nouvelle affectation, des solutions pouvant être immédiatement proposées pour les autres.
  • Une concentration des moyens favorable à Poul Ar Bachet. La fermeture de Saint Marc permettra de revaloriser la résidence de Poul Ar Bachet et de retrouver un équilibre financier. A terme, la Ville disposera d’une offre en résidence autonomie, éligible à l’aide sociale, répondant aux besoins des personnes âgées, et éventuellement aux besoins des personnes handicapées vieillissantes.

De plus, Nathalie Chaline, maire-adjointe du quartier de Saint Marc, a engagé une réflexion de fond sur l’habitat des séniors dans le quartier avec le concours du conseil de quartier. Pour ma part, j’ai commencé à discuter avec le vice-président en charge de l’urbanisme de l’engagement d’une réflexion de fond sur la rénovation urbaine du bourg de Saint Marc, afin d’accompagner les transformations qui répondront demain aux besoins nouveaux des familles comme des personnes âgées.

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